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Excellentia
L. van Beethoven: Sonate no 9, Kreutzer; M. Ravel: Sonate en sol majeur; B. Bartok: Danses populaires roumaines; F. Say: Sonate pour violon et piano op. 7; Patricia Kopatchinskaja, violon, Fazil Say, piano; 1 CD Naïve V 5146; 10/07 (67')
Patricia Kopatchinskaja ne porte pas de faux-cils ni de chouette maquillage, Fazil Say n'a pas l'élégance d'un dandy ni des gants de velours. Mais quelque part, les deux ont une prise pour se brancher sur le réseau de très haute tension. Avec ces centaines de milliers de volts, ils relisent la 9e sonate de Beethoven, la Kreutzer, et malgré leur fougue et les éclairs de leur jeu, tous les disjoncteurs tiennent: C'est que l'auditeur ressent et s'enivre de cette joie de jouer, de ce plaisir fou de faire de la musique, car ici, sans doute, deux tempéraments idéologiquement sur la même longueur d'onde se sont trouvés pour le bonheur de ceux qui les écoutent – pas tous évidemment, car on imagine facilement qu'une partie du public sera choquée pour de bon et refusera cette extravagance.
Mais ne croyez pas que la tension survoltée s'accompagne partout d'un volume sonore outré. Non, dans les pages lentes ou suaves, notamment celles de Ravel, les deux musiciens atteignent également un degré d'expression phénoménal, avec, ici et là, des gestes et des accents d'une liberté qui éveillent un sentiment d'improvisation. Dans ce Ravel, le crépitement peut être très proche de la douceur, l'explosion côtoie les parfums du jardin fleuri, la course affolante se dégage sur des vues éblouissantes: des décolletés ouverts, fatalement illuminés par des ampoules qui ne manquent pas, à certains moments, de cracher leurs filaments. Ce sont les contrastes de ce Ravel qui rendent cette interprétation unique, car une chose est sûre et certaine: On n'a pas entendu une interprétation aussi libre et aussi intense! Ici encore, le duo déconcertera beaucoup d'auditeurs. On en dira autant des Danses Roumaines de Bartok, caractérisées par une expressivité de jeunes loups qui osent une sortie débridée.
Le temps d'un fantasme musical s'annonce dès les premières notes de la Sonate de Fazil Say, et à la fin du 5e mouvement, en sueur sous l'effet de mélancolie dégoulinante, la raison ne me retient plus. Oui, je ne reviens plus en arrière maintenant. Je ne vais plus me poser les questions que, finalement je devrais avoir. Il est trop tard, la passion qui m'a hanté dès le début de ce CD tue dans leur noyau toute réserve que j'aurai pu formuler (et que d'autres formuleront à ma place, j'en suis certain): J'aime ce disque à la folie, car, en fin de compte, ces folles caramboles n'ont jamais l'air recherché ou gratuit. Elles émanent de deux âmes hautement musicales que la musique met en état de choc et de transe. J'aime et je survolte, par amour de provocation: Excellentia, malgré ceux qui me maudiront pour ne pas avoir maudit de disque. RéF
Pizzicato Novembre 08
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